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Gouvernance des données en entreprise : par où commencer

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Gouvernance des données en entreprise : par où commencer

Gouvernance des données : délimiter le périmètre, nommer les responsables, tenir un référentiel unique, piloter le cycle de vie et mesurer la qualité.

La gouvernance des données répartit des décisions : qui définit le sens d’une donnée, qui autorise son usage, qui la corrige, et jusqu’à quand elle reste conservée. Elle tient dans trois objets simples : un inventaire des données qui comptent, un responsable nommé pour chacune, une règle de conservation écrite. Le reste vient après.

Ce que le mot recouvre, et ce qu’il ne recouvre pas

Trois chantiers sont régulièrement confondus avec la gouvernance des données, ce qui explique la moitié des démarches enlisées.

La conformité au règlement général sur la protection des données traite d’un sous-ensemble : les données qui concernent des personnes physiques. Elle impose des obligations précises, dont la tenue du registre des activités de traitement prévu à son article 30. Vos grilles tarifaires, vos nomenclatures d’articles ou vos relevés machine échappent totalement à ce périmètre.

La sécurité informatique protège l’accès et l’intégrité technique : chiffrement, sauvegardes, cloisonnement réseau. Elle répond à la question « qui peut techniquement entrer », pas à la question « qui a le droit de décider que ce client est actif ».

Le décisionnel exploite la donnée pour produire des indicateurs. Il consomme le patrimoine sans le gouverner, et se plaint souvent le premier de sa qualité.

La gouvernance, elle, arbitre. DAMA International, l’association professionnelle qui publie le Data Management Body of Knowledge dans sa deuxième édition parue en 2017, la place au centre de onze domaines de gestion des données et la définit comme l’exercice de l’autorité et du contrôle sur la gestion du patrimoine informationnel. Le mot d’autorité compte : sans pouvoir de trancher, une démarche de gouvernance produit des documents que personne n’applique.

Trois questions avant toute décision d’outillage

Une gouvernance utile démarre par un inventaire court, pas par un catalogue exhaustif. Posez trois questions sur chaque jeu de données candidat.

Quelle décision dépend de cette donnée ? Si aucune décision ne s’y appuie, elle attend son tour. Un fichier de suivi tenu par habitude depuis six ans, que personne n’ouvre, ne mérite ni propriétaire ni règle de qualité.

Où fait-elle foi ? La question tue les débats de doublons. Quand le fichier client existe dans le logiciel de facturation, dans la messagerie et dans trois tableurs, une seule de ces copies porte la vérité, et cette désignation se décide, elle ne se constate pas.

Qui la corrige quand elle est fausse ? Le nom d’une personne, pas celui d’un service. Une responsabilité collective sur une donnée revient à une absence de responsabilité.

Une vingtaine de jeux de données suffit à couvrir l’essentiel d’une entreprise de moins de cent salariés : clients, contacts, produits, tarifs, contrats, salariés, fournisseurs, stocks. Ce périmètre restreint rend la démarche tenable dans le temps, alors qu’un inventaire de trois cents lignes vieillit en un trimestre.

Rangée d’armoires de bureau fermées dans un couloir clair

Répartir les rôles sans inventer de postes

La littérature anglo-saxonne distingue quatre fonctions. Dans une structure de taille moyenne, elles se répartissent entre des personnes qui exercent déjà un autre métier, et cette superposition n’a rien d’anormal.

FonctionCe qu’elle trancheQui la porte en pratique
Propriétaire métierLe sens de la donnée, ses règles d’usage, les autorisations d’accèsLe responsable du domaine concerné
Intendant de la donnéeLes anomalies au quotidien, le vocabulaire, l’accompagnement des utilisateursUn utilisateur avancé du service
Gestionnaire techniqueLe stockage, les flux, les droits appliqués dans les systèmesL’informatique interne ou le prestataire
Délégué à la protection des donnéesLa conformité des traitements de données personnellesUn salarié désigné ou un prestataire externe

Le propriétaire métier connaît le sens métier de la donnée. Il sait ce que recouvre exactement le statut « client actif », combien de temps un prospect le reste, quelles remises un commercial applique sans validation. Ces règles ne se déduisent d’aucun schéma technique.

L’intendant travaille au ras du terrain. Il repère les doublons, relance les saisies incomplètes, maintient le glossaire commun. Son rôle passe souvent inaperçu, alors qu’il porte l’essentiel de l’effort réel.

Le gestionnaire technique applique. Il n’arbitre pas le sens, il implémente les droits décidés ailleurs. Confier l’arbitrage à l’informatique produit systématiquement le même symptôme : des règles techniquement propres que le métier contourne, parce qu’elles ne correspondent à aucun usage réel. La cartographie des processus métier sert ici de préalable utile, puisqu’elle montre qui manipule quoi avant que vous nommiez qui décide.

Un référentiel, une source qui fait foi

Le référentiel liste les données maîtres de l’entreprise, celles que plusieurs applications partagent : clients, produits, sites, salariés. Chacune y reçoit une définition écrite, un propriétaire, un système de référence et une règle de mise à jour.

La source qui fait foi se désigne explicitement. Prenons une adresse de livraison présente dans le logiciel commercial et dans l’outil de préparation de commandes. Tant que les deux acceptent une modification directe, elles divergent en quelques semaines, et chaque service défend sa version. Décider que le commercial fait foi, et que l’outil logistique lit sans écrire, règle le problème définitivement.

Cette désignation a des conséquences contractuelles. Un logiciel qui détient un référentiel maître et n’en restitue qu’un export partiel vous enferme, ce qui rejoint directement les questions de réversibilité et de reprise de données à traiter au moment de signer.

Le glossaire complète le dispositif. Une trentaine de termes suffit : les notions que deux services définissent différemment. « Commande », « client actif », « projet livré », « incident résolu ». Écrire ces définitions prend une demi-journée et supprime des mois de rapports incomparables.

Boîtes d’archives en carton beige empilées contre un mur blanc

Le cycle de vie, de l’usage courant à l’effacement

Une donnée ne se conserve pas indéfiniment, et le principe vaut bien au-delà du cadre légal : un patrimoine qui n’élimine rien devient impossible à qualifier.

La CNIL décrit trois phases dans son guide consacré aux durées de conservation. La base active correspond à l’usage courant, avec un accès ouvert aux personnes qui en ont besoin pour leur travail. L’archivage intermédiaire accueille ensuite les données qui ne servent plus au quotidien mais qu’un intérêt administratif ou une obligation légale impose de garder, avec un accès ponctuel, motivé et restreint aux personnes habilitées. L’archivage définitif reste rare et concerne les cas où la valeur d’archive justifie une conservation sans limite de durée.

La séparation entre les deux premières phases doit être réelle, physique par extraction hors du système, ou logique par restriction des habilitations. Une donnée « archivée » qui reste consultable par tous depuis l’écran habituel n’est pas archivée.

Le règlement général sur la protection des données pose cette limitation à son article 5, paragraphe 1, point e : les données personnelles ne sont conservées que le temps nécessaire aux finalités poursuivies. Les manquements aux obligations du responsable de traitement, dont la tenue du registre, exposent à une amende plafonnée à dix millions d’euros ou deux pour cent du chiffre d’affaires annuel mondial, selon le montant le plus élevé.

Une précision utile aux petites structures : l’article 30, paragraphe 5, dispense les organismes de moins de deux cent cinquante salariés de tenir un registre, sauf si le traitement présente un risque pour les droits et libertés, s’il n’est pas occasionnel, ou s’il porte sur des données sensibles. Une base clients et une paie remplissent la condition « non occasionnel », ce qui vide l’exception de sa portée dans la quasi-totalité des cas.

Mesurer la qualité avec quatre indicateurs, pas quinze

La norme ISO/IEC 25012 définit quinze caractéristiques de qualité des données. Retenez-en quatre pour commencer, mesurables sans outil spécialisé.

  • La complétude : la part d’enregistrements dont les champs obligatoires sont renseignés.
  • L’exactitude : l’écart entre la donnée enregistrée et la réalité, vérifié par échantillon.
  • L’unicité : le nombre de doublons détectés sur les identifiants naturels, courriel ou numéro d’identification.
  • La fraîcheur : l’ancienneté de la dernière mise à jour, rapportée à la durée pendant laquelle la donnée reste valable.

Mesurez ces quatre indicateurs sur trois jeux de données, pas trente. Publiez le résultat au propriétaire concerné, chaque trimestre, dans un format identique. Un chiffre qui bouge intéresse un responsable ; un rapport de quarante pages finit archivé sans lecture.

Table de réunion en bois clair vide vue en plongée

Les impasses qui reviennent le plus souvent

Cinq schémas font échouer les démarches, indépendamment de la taille de l’entreprise.

Le catalogue exhaustif avant tout usage mobilise des mois pour produire un inventaire déjà périmé à sa livraison. Commencez par les jeux de données que trois personnes réclament.

Le comité sans pouvoir se réunit, constate, et repart sans décision opposable. Un arbitrage qui n’engage personne ne modifie aucun comportement.

L’outil acheté avant les règles installe un catalogue vide. Le logiciel enregistre des décisions, il ne les prend pas.

La gouvernance portée par la seule informatique produit des règles que le métier contourne. Le propriétaire métier doit signer, nommément.

L’absence de mesure enfin, qui laisse la démarche sans preuve d’effet. Sans indicateur de départ, vous ne saurez jamais si la qualité progresse, et le budget suivant se négociera à l’aveugle.

Les questions de disponibilité relèvent d’un chantier voisin : un plan de continuité d’activité répond au scénario de l’indisponibilité, quand la gouvernance répond à celui de la donnée fausse ou introuvable. Les deux se nourrissent du même inventaire, et le dispositif de protection des données en petite structure s’appuie sur les mêmes désignations de responsables.

Le premier trimestre, concrètement

Semaines 1 et 2 : listez les jeux de données dont dépend une décision réelle, en interrogeant quatre personnes de services différents. Arrêtez-vous à vingt lignes.

Semaines 3 à 5 : nommez un propriétaire par jeu de données, par écrit, et faites-le valider par la direction. Rédigez le glossaire des termes ambigus, trente définitions au maximum.

Semaines 6 à 9 : désignez pour chaque donnée maître le système qui fait foi, et coupez les écritures concurrentes dans les autres outils.

Semaines 10 à 12 : mesurez complétude, exactitude, unicité et fraîcheur sur trois jeux de données, puis écrivez les durées de conservation associées, phase par phase.

Prochaine étape : bloquez une demi-journée avec les quatre propriétaires désignés et confrontez leurs définitions du mot « client ». Les écarts qui apparaîtront dans cette seule réunion valent tous les diagnostics achetés à l’extérieur.

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